03/02/2021

C'est avec un grand plaisir, mais aussi non sans une certaine fierté que j'ai répondu aux questions d'Anne Collin, journaliste au Parisien, ce quotidien très connu en Île-de-France et distribué dans l'Oise.

Orientée par la Mairie, Madame Collin découvrait, à l'occasion de l'anniversaire de sa mort, l'organiste et compositeur Charles-Alexis Chauvet auquel le Conservatoire souhaitait cette année rendre hommage. Né à Marines en 1837 et disparu très tôt à l'âge de 33 ans dans des circonstances dramatiques que relate très bien l'article, Charles-Alexis Chauvet n'eut certainement pas le temps de développer tout son talent ni d'asseoir d'avantage sa renommée.

Il est vrai que son répertoire principalement pour orgue et piano était certainement voué à une moindre diffusion que la musique orchestrale très prisée à cette époque. Mais surtout, n'oublions pas qu'il appartenait à une des périodes les plus prolifiques de l'histoire de la Musique dans laquelle on retrouve, entre autres, des compositeurs aussi prestigieux que Bizet, Brahms, Dvoràk, Grieg, Malher, Sibélius, Stravinski, Tchaïkovski et bien d'autres. Ces derniers sont l'aboutissement de siècles de musique classique et inaugurent, par les révolutions formelles qu'ils amènent, la période contemporaine.

On comprendra aisément qu'il n'était donc pas simple de se faire une place et un nom à ce moment.

D'autres part l'histoire de la musique est ainsi faîte d'allers retours permanents entre le passé et le présent où l'on redécouvre régulièrement des artistes qui étaient passés inaperçus à leur époque, souvent au gré des recherches musicologiques ou des trouvailles des musiciens eux-mêmes. Un des exemples les plus parlants à ce sujet est le cas de Mozart, très peu reconnu à son époque et mis en lumière, plusieurs décennies après, par Beethoven.

Comme le souligne très justement le Parisien, ce sont souvent des études étrangères qui mettent en exergue des talents que nous avons tendance à moins considérer dans notre propre histoire. La prestigieuse Université d'Oxford insiste tout à propos selon moi sur la qualité d'écriture des œuvres d'Alexis Chauvet. Ne le connaissant pas non plus il y a encore peu, j'ai été frappé par son efficacité esthétique reposant souvent sur une économie de moyen au profit d'une grande expressivité. La simplicité en musique est souvent ce qu'il y a de plus difficile et demande une grande maîtrise de la composition. Cette dimension en elle-même sera caractéristique de compositeurs modernes comme Satie ou Debussy.

Pour les élèves du Conservatoire, c'est donc une grande chance de pouvoir travailler sur ce répertoire charnière entre deux époques et de rendre un hommage créatif à Alexis Chauvet en interprétant des transcriptions de ces pièces pour d'autres instruments.

Pascal Valony directeur du Conservatoire du Vexin

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Article d'Anne Collin dans Le Parisien
Le 2 février 2021 à 18h09


Marines : 150 ans après sa mort, l’héritage de l’organiste Alexis Chauvet résonne toujours

Quelques jours avant l’armistice de 1871, cet organiste et compositeur de talent grandi dans la petite commune est pris par erreur… pour un espion. Un incident qui sera fatal à cet artiste promis à une brillante carrière.

Un brillant enfant du Val-d'Oise parti trop tôt dont le souvenir résonne encore. Le 29 janvier 1871, Alexis Chauvet, organiste et compositeur de talent, né et grandi à Marines, s'éteignait dans l'Orne à seulement 33 ans en raison d'une terrible méprise.

En effet, à l'époque la guerre opposant la France et la Prusse fait rage depuis le mois de juillet précédent. Quelques jours avant l'armistice de 1871, qui signera la défaite française puis la chute du Second Empire, la tension est à son comble dans l'Hexagone.


Pris pour un espion prussien, il meurt tragiquement


À ce moment-là l'artiste, dont la santé fragile l'a tenu éloignée des combats, se repose à Argentan dans l'Orne pour tenter de soigner sa tuberculose, une maladie qui avait déjà emporté son frère et sa mère. Mais au cours d'une de ses promenades dans la campagne visant à aider ses poumons malades, ils croisent des paysans qui, à la vue de cet homme de haute taille, mince, avec une barbe rousse et des binocles qui le forcent à tenir sa tête haute et droite, le prennent pour… un espion prussien.

En conséquence, ces derniers le rouèrent de coups. À tort évidemment : ses proches le décrivant comme « patriote » regrettant que ses forces « trop affaiblies ne lui permettaient plus de faire comme les autres et de prendre un fusil ». Comme le raconte son ami Henri Maréchal dans son ouvrage « Souvenirs d'un musicien », l'attaque lui sera fatale. Un terrible incident, qui aurait presque pu être comique si les conséquences n'avaient pas été si terribles, qui brisa la trajectoire de cet artiste reconnu par ses contemporains et voué à un grand avenir plus brillant encore.

Car, si aujourd'hui, son patronyme est davantage connu pour la grotte homonyme que pour sa musique, Alexis Chauvet n'est pas pour autant tombé dans l'oubli.

Dans son village de Marines, son souvenir est encore bien présent. Une rue porte son nom et ses œuvres résonnent encore parfois dans l'église, à Noël notamment. Mais pas seulement. Le conservatoire du Vexin qui compte une antenne à Marines entend également faire vivre son héritage.

Des concerts en son hommage à partir de fin mars

Un programme spécial avait même été mis en place pour cette année marquant les 150 ans de sa mort. Quelque peu mis à mal par la crise sanitaire malheureusement. Celui-ci devait compter un concert de ses œuvres pour piano et orgue accompagnées de divers instruments dès le 27 mars, un récital d'orgue par une professeure dans l'église ainsi qu'un récital de piano par un autre enseignant, également élève à la très prestigieuse académie royale de Bruxelles. «Les conditions exactes restent à déterminer car cela serait dommage de jouer devant des salles vides. Mais a minima, nous ferons des captations vidéos, explique Pascal Valony, directeur du conservatoire du Vexin qui a découvert Alexis Chauvet à son arrivée dans la commune. J'ai trouvé son œuvre intéressante surtout qu'il a des pièces vraiment modernes et simples pour les conservatoires. Et c'est l'occasion de rendre hommage à un enfant du pays».

Car c'est bien à Marines qu'Alexis Chauvet a fait ses débuts sur le petit mais très bel orgue de l'église Saint-Rémi dont le curé de l'époque était un ami de son père. « Les jours de grandes fêtes, à la sortie, alors il croyait de son devoir d'exécuter son grand morceau de résistance… l'ouverture de la Dame blanche. Il fallait entendre le rire qui accompagnait cette confession », rapporte encore Henri Maréchal. Cet opéra-comique racontant les intrigues autour d'une vieille bâtisse hantée par le fantôme d'une mystérieuse Dame blanche apparaît en effet un choix étonnant pour une sortie de messe. Et pourtant à l'époque, celui-ci était en vogue chez une partie des fidèles.

C'est aussi à Marines que ses talents sont très tôt révélés : il n'a que 13 ans quand il intègre le conservatoire de Paris pour parfaire son apprentissage sous l'égide de François Benoist, grand maître de la discipline qui le prit sous son aile.

Surnommé « le petit Bach »

« C'est tout de même émouvant de savoir qu'à l'époque un adolescent a débuté sur cet instrument avant d'avoir une carrière comme la sienne à seulement 33 ans », souffle Isabelle Le Gal-Mialon, professeur de musique et organiste de Marines.
En effet à sa mort, le Val-d'Oisien était alors titulaire de l'orgue Cavaillé-Coll de la Sainte-Trinité à Paris où se sont succédé de très grands noms de la musique.

Et ses contemporains de louer ses interprétations et son sens de la musique. « Chauvet représente une très haute figure d'artiste dont seuls peuvent se faire une idée, ceux qui l'ont entendu, connu et aimé », affirme ainsi Henri Maréchal. Il aurait même été affublé du surnom de « petit Bach ». « Jamais Jean-Sébastien Bach, Haendel, Schumann n'eurent d'interprète plus habile ni plus fidèle de leur intime pensée », assure encore son ami. Malheureusement l'histoire de l'enregistrement sonore n'ayant commencé qu'en 1877, aucune preuve ne subsiste pour en témoigner.

Son œuvre toujours publiée


Subsiste aujourd'hui cependant une autre part de son talent. Alexis Chauvet a ainsi laissé à la postérité une vingtaine de morceaux pour orgue, 90 versets pour orgue ou harmonium mais aussi quinze études aux œuvres de Bach.

« Chez les organistes, c'est notamment pour ces dernières qu'il est connu. Je les possède moi-même, souligne Philippe Brandeis, organiste et directeur des études musicales au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris qui a lui aussi exercé son art sur l'orgue de Marines classé monument historique. Et si l'œuvre de Chauvet n'est pas très diffusée aujourd'hui, elle est encore publiée et se trouve dans les catalogues ».

De son côté, le dictionnaire de la musique de l'université d'Oxford va plus loin, estimant que certaines œuvres de Chauvet sont parmi « les plus remarquables morceaux pour orgues composées en France avant la publication de celles de César Franck », l'une des grandes figures de la vie musicale française de la seconde partie du XIXe siècle.

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Lien vers article du Parisien

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